Vous l’avez sûrem
ent déjà aperçu. Sa couverture horizontale, ses couleurs criardes étonnamment harmonieuses, son graphisme saccadé vous auront stimulés les pupilles au détour d’une bibliothèque ou d’une librairie. XXI, magasine trimestriel de quelque 200 pages, a fait le pari osé d’un journalisme « 100% reportage, 0% publicité ». Projet d’apparence fort fragile, dans un contexte où googlisation de l’information et publicité-reine dînent à la même table pour l’asservissement de la presse écrite indépendante.
Mais ne vendez pas le canard avant de l’avoir tué. XXI nage à contre-courant, et ça lui va plutôt bien. La presse classique est boulimique de dépêches de l’AFP ; XXI a l’audace de proposer des grands reportages de plus de 20 pages. La Société du spectacle est avide d’immédiat, de grandiose ; XXI explore, décortique, prends le temps.
Chaque reportage ouvre une porte vers un univers, une vie, une histoire. On boit le thé avec un tisseur indien, on part à la recherche des descendants d’une colonie allemande de « race pure » créée par la sœur de Niestzche au Paraguay, on s’engouffre dans la jungle du Rwanda génocidaire en compagnie d’un ex-général français rongé par les remords. Les journalistes ne trichent pas. Ils nous racontent comment ils ont rencontré les personnes interviewées, les longues journées passées à les écouter, leurs émotions, leurs découragements. En fin de chaque reportage, la rubrique « pour aller plus loin » apporte des précisions biographiques ou chronologiques et nous invite à la découverte de livres et films sur le sujet abordé.
XXI défie les règles de l’art en mêlant à la perfection texte et illustration : le récit est ici flanqué de dessins, là raconté en BD. Plus loin, des reportages-photo laissent une place primordiale à l’image, le texte ne devenant temporairement qu’un accessoire.
La doxa journalistique conviendrait de finir ces commentaires élogieux sur une nuance. Un « on regrettera cependant le… », ou autre « petit bémol cela dit… », placé en fin d’article, viendrait subtilement démontrer la capacité critique inébranlable du professionnel de la presse. Pardonnez-moi, je n’ai pas encore trouvé de points à critiquer. Probablement parce que je ne suis pas journaliste.



