… ou comment un simple voyage se métamorphose en tour d’Espagne des places occupées.

Un pèlerin traverse le campement des Indignés

A Saint Jacques de Compostelle : « Disculpen la molestia, pero eso es una revolucion »

Ambiance improbable et inédite à Saint Jacques de Compostelle. Des pèlerins, aux sacs a dos flanqués de la célèbre coquille, exténués par des journées de marche, arrivent par centaines sur la place de la cathédrale. Et là, ô surprise, la sacro-sainte place est parsemées de tentes multicolores. Entre l’hôtel de ville, la cathédrale et l’hôtel 4 étoiles, au plus prés de la crypte du bien-aimé Saint Jacques, la révolution espagnole est en marche.

Curieusement, la burlesque cohabitation entre pèlerins et insurgés semble bien se dérouler. Les pèlerins discutent, slaloment entre les tentes, s’allongent a l’ombre des toiles du campement. Au point d’information situé a l’entrée, les visiteurs peuvent s’imprégner de l’onde révolutionnaire et, si affinités, laisser un message dans le « livre d’or » prévu a cet effet.

En plein vent, les indignés répondent aux questions des pèlerins intrigués et les invitent a participer aux assemblées générales. Des affiches en castillan, français, anglais et galicien reprennent les 8 points principaux de contestation. La « Spanish Revolution » a sans aucun doute une vocation internationale. Pourtant c’est en galicien qu’on s´exprime devant l’assemblée. Un indignado nous précise que c’est une question qui a été longuement débattue. Dans cette ville accueillant un tourisme catholique international (et pas seulement) le choix du galicien parait audacieux. On remarquera néanmoins que les participants aux assemblées alternent castillan et galicien, jonglant entre les deux langues avec aisance. Organisateurs, partisans de la première heure, touristes de passage ou commerçants du coin, chacun est invité a s exprimer.
Les barbes, cheveux longs et autres sacs Quechua sont finalement des attributs tant du pèlerin que de l’insurgé. On en viendrait presque à oublier les raisons, ô combien différentes, qui ont amené les participants a débattre sur l’emblématique place de Saint Jacques de Compostelle.

Face aux critiques qui fusent, blâmant les conséquences néfastes du mouvement pour l’activité touristique, un trublion répond au micro : « Disculpen la molestia, pero eso es una revolucion » – « Veuillez nous excuser pour le dérangement, mais ceci est une révolution »

A Lugo, campement aux allures sympathiques de village

Habitants de Lugo observant le campement

Lugo compte 100.000 habitants mais a tout l’air d’une petite bourgade. Sur la place principale, papy et mamie peuplent les bancs pour voir ce qui se trame ici. Objet de toutes les attentions, la dizaine de tentes plantées autour du kiosque. Les regards sont plus amusés qu’effrayés. Confirmation des indignados, ici toute la population les soutient. On leur apporte du pain, du matériel de toute sorte (peinture, ficelle, etc…), des messages de soutien, etc. De quoi tenir le siège. Aux assemblées, entre 100 et 200 personnes viennent discuter, sans vraiment d’ordre du jour ni de tour de parole, mais avec sympathie et respect.

A Madrid, une Puerta del Sol explosive
On termine notre petit tour des places occupées par l’emblématique Puerta del Sol madrilène. Incroyable fourmilière à ciel ouvert. Trois cantines, deux infirmeries, une bibliothèque, une garderie, un potager. En plus de cela, tous les groupes de travail – constitués pour réfléchir à différentes revendications et faire leurs propositions en assemblées- ont leur poste : migrations, féminismes, environnement, etc.« Sol » est devenu en quelques semaines un village autogéré. A l’entrée, des indignados multilingues distribuent des plans du campement et informent des activités quotidiennes.

Assemblée Générale à Puerta del Sol

Les assemblées générales, chaque soir à 20h, rassemblent plusieurs milliers de personnes. Au micro défilent les portes-paroles des différents groupes de travail. Les décisions ne sont pas votées mais approuvées par consensus : il suffit d’une personne en désaccord pour ouvrir un tour de parole et discuter de nouveau la proposition. Le rythme de l’AG est calé au métronome, une organisation hyper rodée qui force le respect. Un élément notable, le silence incroyable qui règne sur la place pourtant grouillante de monde.

La discussion est malheureusement monopolisée par la question du campement. Nombreux sont ceux qui souhaiteraient le restructurer, laissant un simple point d’information, pour délocaliser les groupes de travail et assemblées dans les différents quartiers. Mais la restructuration ne fait pas unanimité et les décisions sont souvent bloquées.

La délocalisation dans les quartiers a néanmoins déjà commencé. Une cinquantaine d’AG dans tout Madrid ont rassemblé des centaines de personnes dans chaque quartier. Sous le soleil de plomb d’un samedi midi, voir débattre ensemble les vieux retraités, les mères de familles et les jeunes d’un quartier a quelque chose de franchement émouvant.

Les revendications entendues sur les places espagnoles sont à quelque chose près les mêmes que celles qui résonnaient dans nos universités et dans la rue il y a peu. La prise de conscience est a la fois troublante et prévisible. Les idéaux et les mesures proposées sont identiques, les moyens sont la seule chose qui semble diverger : la révolution a coup de tentes, on y avait pas forcement songé. Et pourtant la méthode pourrait faire ses preuves. La recette d’une révolution efficace serait-elle espagnole ?

 

Un grand merci à l’implacable et irremplaçable soutien de Camille Seis.

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